
Penser la culture autrement pour réussir les transformations
Evaluer l'"écart" plutôt que la différence (Partie 1)
octobre 2025

novembre 2025
L’article précédent s’est attaché à mettre en lumière les effets humains au sein des équipes suite à des fusions-acquisitions et des grandes transformations organisationnelles : tensions invisibles, pertes de repères, fatigue des équipes, et signaux faibles souvent minimisés au nom de la rationalité du projet.
Dans la continuité de cette réflexion, cet article donne la parole à ce que les managers expriment le plus fréquemment dans ces contextes.
Non pas des revendications abstraites, mais des besoins concrets, formulés au fil des accompagnements, des ateliers et des temps de supervision : besoin de clarté, de cohérence, de reconnaissance, de marges de manœuvre réelles pour tenir leur rôle auprès des équipes.
Car depuis que j’exerce mon métier, je n’ai jamais rencontré de managers ou d’équipes qui abandonnent par désintérêt ou par manque d’engagement.
Ceux qui partent ne le font pas par égoïsme.
Ils partent parce qu’ils ont perdu espoir.

Dans les projets de fusion-acquisition ou de transformation organisationnelle, ce que l’on observe n’est pas une démission morale, mais une usure progressive.
Une fatigue qui s’installe lorsque l’écart entre ce qui est demandé et ce qui est réellement possible devient trop grand — et que le rôle clé des managers, pris entre injonctions stratégiques et réalité du terrain, n’est ni reconnu ni soutenu.
Les managers se retrouvent alors dans une position particulièrement exposée :
Ils deviennent, souvent malgré eux, les amortisseurs du système.
C’est précisément dans cette zone de tension que les clashs culturels entre organisations aux modèles différents produisent des effets très concrets sur l’activité.
Dans certaines fusions, une organisation valorise une résolution rapide des problèmes, considérant qu’un dossier ouvert trop longtemps est un dysfonctionnement.
L’autre accepte que certains cas restent ouverts plusieurs mois, au nom de la complexité ou de la personnalisation.
Effets sur l’activité et sur les managers :
Une entité fonctionne avec des processus très standardisés, pensés pour maximiser l’efficacité.
L’autre privilégie une approche sur-mesure, adaptée aux spécificités de chaque client.
Effets concrets :
Les organisations n’ont pas le même appétit au risque.
Ce qui est acceptable pour l’une est perçu comme excessivement risqué pour l’autre.
Effets sur l’activité :
Dans une culture, devoir « escalader » un problème est vécu comme un échec, générant des non-dits.
Dans l’autre, l’escalade est normale et attendue.
Effets :
L’augmentation du volume d’activité sans renfort d’effectifs accentue la pression.
Dans un contexte culturel déjà instable, la fatigue devient systémique.
Effets directs :
Lorsque les premiers dysfonctionnements apparaissent, les besoins exprimés par les managers sont très concrets, parfois basiques.
Avant de parler de sens, de vision ou de motivation, la première demande est presque toujours la même : avoir des équipes correctement staffées, avec des personnes compétentes, en nombre suffisant pour absorber la charge de travail.
Sans cette base, tout le reste devient fragile. On peut parler de valeurs, de posture managériale, de résilience… mais sans ressources suffisantes, le système se met en tension.
Une fois le minimum opérationnel assuré, une autre question émerge rapidement :
« comment recréer de la motivation et de la cohésion dans un contexte où les repères ont bougé ? »
Ce que les managers cherchent alors, ce n’est pas un discours inspirant de plus.
C’est la possibilité de :
Ils cherchent à retrouver ce qu’ils ont déjà connu : une équipe engagée, performante, satisfaite de travailler ensemble.

Ceux qui tiennent le font souvent au prix d’un effort personnel important. Ils compensent. Ils absorbent. Ils bricolent des solutions pour que « ça passe ».
Ceux qui quittent le navire ne sont pas les moins impliqués. Ce sont souvent ceux qui n’arrivent plus à donner du sens à ce qu’ils font, ou qui estiment ne plus avoir les moyens de bien faire leur travail.
La rupture ne se produit pas d’un coup. Elle s’installe quand l’écart devient trop grand entre les exigences du système et les ressources disponibles.

Dans ce contexte, créer un espace de dialogue peut déjà changer beaucoup de choses — à condition qu’il soit bien posé.
Une série de workshops bien conçus ne règle pas tout, mais permet souvent :
Si vous êtes manager, voici quelques questions qui nourrissent des workshops de synchronisation des échanges essentiels en équipe :
Les conclusions de ces échanges méritent d’être partagées avec les RH ou la direction.
Non comme une plainte, mais comme une lecture lucide du fonctionnement réel du système.
Ce que recherchent profondément les managers n’est ni l’héroïsme, ni la performance à tout prix.
Ils cherchent des conditions justes pour bien travailler ensemble, dans un système qui reconnaît les écarts culturels, soutient leur rôle d’interface, et ne les laisse pas seuls porter ce qui relève du collectif.
Si vous avez déjà occupé une fonction managériale dans un contexte de transformation ou de fusion, ces situations vous parlent sans doute.
Prenez un instant pour revenir à votre propre expérience :
Ces questions n’appellent pas de réponses idéales. Elles ouvrent un espace de conscience.
Car ce que recherchent profondément les managers n’est ni l’héroïsme, ni la performance à tout prix. Ils cherchent des conditions justes pour bien travailler ensemble.
Être RH au cœur d’une fusion : l’impossible équation
Quand la fonction RH se retrouve en première ligne, entre les attentes du terrain, les contraintes budgétaires… et les angles morts de la gouvernance.
Paroles de RH
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