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Comprendre le trauma pour mieux prendre soin de sa santé mentale

octobre 2026

Comprendre le trauma pour mieux prendre soin de sa santé mentale

« Pourtant, c’est du passé. »

On se le dit parfois avec étonnement, parfois avec impatience. La vie a continué. On travaille, on s’occupe des autres, on fait des projets. Et puis une voix qui monte, une odeur ou une impression d’être coincé suffit à nous bouleverser. Le cœur s’emballe, les mots disparaissent. Ou, au contraire, on ne ressent presque plus rien.

J’ai moi-même vécu un grave accident de la route. Cette expérience m’a poussé à approfondir ma compréhension du trauma et de la manière dont il peut continuer à agir dans nos vies. Elle nourrit aussi mon attention à ce que traverse une personne, parfois bien au-delà de ce qui se voit.

Ma formation de Gestalt thérapeute m’a appris à accorder une place essentielle à la singularité de chaque vécu. Les classifications comme le DSM-5 donnent des critères utiles pour reconnaître un trouble et orienter les soins. Mais la manière dont chacun vit un trauma reste profondément personnelle : elle s’inscrit dans une histoire, des relations et une sensibilité qui lui sont propres.

Ce qui me tient à cœur dans mon engagement de thérapeute, c’est cette compréhension fine : permettre à chaque patient de se sentir compris, sans être jugé dans ce qu’il traverse. À partir de cette rencontre, nous pouvons chercher ensemble comment avancer, retrouver des appuis et sortir peu à peu de l’ornière.

Le chemin appartient à chacun ; des possibilités de changement restent ouvertes, même lorsque la situation semble figée.

Ce que signifie le mot trauma

Un accident grave, une agression, des violences sexuelles, de la maltraitance psychologique, des expériences de dévalorisation répétées peuvent laisser une blessure psychique (surtout si c'est vécu à un stade de développement de votre enfance, dans ce contexte on parle de "trauma complexe"). C’est cette blessure que désigne ici le mot « trauma ». Dans ces situations, la personne peut être débordée au point de ne plus parvenir à comprendre ce qui arrive, à agir ou à donner une place à cette expérience dans son histoire.

Il faut distinguer l’événement de ses conséquences. Une même situation n’aura pas les mêmes effets sur chacun. Notre histoire, les circonstances et les appuis disponibles comptent. Cela ne mesure ni notre force ni notre volonté.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ 70 % des personnes dans le monde vivront un événement potentiellement traumatique au cours de leur vie. La plupart ne développeront pas de trouble de stress post-traumatique. [1] Toute épreuve n’est donc pas un trauma. Mais une souffrance n’a pas besoin de porter ce nom pour mériter notre attention.

Des réactions de survie qui ne se choisissent pas

Face au danger, notre organisme peut nous pousser à fuir, à lutter, à appeler à l’aide ou à nous immobiliser. Ces réactions sont largement automatiques. Une personne peut vouloir crier sans qu’aucun son ne sorte, ou vouloir partir sans parvenir à bouger.

Comprendre cela est essentiel lorsque la culpabilité s’installe : « Pourquoi n’ai-je rien fait ? » Le figement n’est ni un consentement ni un manque de courage. Ce qui s’est produit sous la menace ne se juge pas avec la liberté de mouvement et de pensée dont nous disposons une fois en sécurité.

Quand le danger est passé et que la protection continue

Après l’événement, certaines réponses de survie peuvent continuer à se déclencher. On peut imaginer un détecteur de fumée devenu trop sensible : il sonne même lorsqu’il n’y a plus d’incendie. Cette image aide à comprendre pourquoi se dire « calme-toi » ne suffit pas toujours.

Parfois, tout s’accélère : vigilance, agitation, colère, besoin de fuir. Parfois, tout semble ralentir : retrait, engourdissement, impression d’être absent. Une même personne peut passer d’un état à l’autre. Ce qui ressemble, vu de l’extérieur, à une réaction excessive ou à de l’indifférence peut correspondre à une difficulté à retrouver un sentiment de sécurité.

Le rôle essentiel du lien avec les autres

Quand nous avons peur, nous cherchons souvent quelqu’un qui puisse nous protéger ou nous rassurer. Ce besoin de lien existe dès l’enfance et nous accompagne toute la vie. Être accueilli et soutenu peut nous aider à retrouver notre calme.

Mais que se passe-t-il lorsque personne ne répond ? Ou lorsque la personne dont nous dépendons est aussi celle qui nous fait peur ? Un enfant peut avoir besoin de se rapprocher de son parent tout en cherchant à s’en protéger. Cette contradiction peut compliquer, plus tard, la confiance et la proximité avec les autres. [3]

On peut alors désirer de l’aide tout en s’en méfiant. Cette ambivalence mérite d’être comprise. Retrouver une relation fiable, dans laquelle les limites et le rythme de la personne sont respectés, peut devenir un appui précieux.

La dissociation ou le sentiment de ne plus être tout à fait là

Lorsque l’expérience devient trop éprouvante, certaines personnes se sentent détachées de ce qu’elles vivent. Elles peuvent avoir l’impression de se regarder de l’extérieur, ou de percevoir leur environnement comme lointain, étrange, irréel. Ces expériences sont des formes de dissociation. [4]

Ce détachement peut atténuer momentanément une expérience insupportable. S’il persiste ou revient souvent, il peut aussi gêner la présence à soi et aux autres. Il ne signifie pas automatiquement avoir plusieurs identités et ne concerne pas toutes les personnes ayant vécu un trauma.

Le passé ne revient pas toujours comme un récit

Janina Fisher, psychologue clinicienne spécialisée dans le trauma, souligne que certaines traces du passé se manifestent sous forme de sensations, d’émotions ou de réactions, sans être immédiatement reconnues comme des souvenirs. [2] Une voix autoritaire peut ainsi déclencher une peur intense avant que la personne comprenne ce qui l’a touchée.

D’autres personnes ont des souvenirs très nets, des cauchemars ou l’impression de revivre une scène. Il n’existe pas une seule façon de se souvenir. Et une sensation ou un comportement ne suffit jamais à prouver qu’un événement oublié a eu lieu.

Les signes qui peuvent peser sur le quotidien

Les conséquences d’un trauma ne sont pas toujours visibles. Une personne peut continuer à travailler et à prendre soin des autres tout en consacrant beaucoup d’énergie à contenir ce qui se passe en elle. Plusieurs difficultés peuvent se présenter : [5]

·       Une alerte persistante : sursauter facilement, surveiller son environnement, avoir du mal à relâcher la tension.

·       Des intrusions : souvenirs involontaires, cauchemars, impressions de revivre une scène.

·       De l’évitement : renoncer aux lieux, aux échanges ou aux activités qui rappellent l’événement.

·       Des changements émotionnels : irritabilité, honte, culpabilité, perte d’intérêt ou sentiment de distance avec ses proches.

·       Des difficultés à récupérer : sommeil perturbé, fatigue, concentration plus fragile.

Ces signes ne constituent pas un diagnostic. Ils peuvent avoir d’autres causes, qu’il importe aussi d’explorer. Le trouble de stress post-traumatique, ou TSPT, correspond à un ensemble précis de symptômes qui durent et perturbent la vie quotidienne. Dans les critères du DSM-5, ils persistent plus d’un mois. Cela ne signifie pas qu’il faille attendre un mois pour demander de l’aide. [5]

Quand les expériences difficiles se répètent

Certaines blessures surviennent dans un contexte de violences répétées, parfois dès l’enfance, avec peu de possibilités de s’échapper ou d’être protégé. Elles peuvent affecter durablement la manière de ressentir ses émotions, de se percevoir et d’entrer en relation.

Le TSPT complexe, reconnu dans la classification internationale des maladies de l’OMS, associe aux symptômes du TSPT des difficultés importantes à réguler ses émotions, une image de soi très dévalorisée et des difficultés relationnelles persistantes. Les traumatismes prolongés ou répétés en augmentent le risque, mais ne conduisent pas systématiquement à ce diagnostic. [6]

Les recherches sur les expériences adverses de l’enfance montrent aussi des liens avec un risque accru de difficultés psychiques et de certaines maladies physiques à l’âge adulte. Ce sont des risques, pas un destin individuel. On ne peut pas déduire un trauma d’une maladie, ni expliquer toute la santé d’une personne par son enfance. Les relations protectrices et les soutiens disponibles comptent également. [7]

Comprendre ce qui protège et ce qui finit par enfermer

Après un accident, éviter la route peut soulager l’angoisse. Mais si cet évitement s’étend, la personne peut finir par renoncer à voir ses amis, à une activité appréciée ou à une possibilité professionnelle. Ce qui l’aide sur le moment réduit progressivement ses choix.

S’occuper de ces difficultés, c’est chercher à retrouver de la liberté dans le quotidien. Reconnaître la fonction protectrice d’une réaction permet de l’aborder autrement qu’en se reprochant d’être « trop sensible » ou de ne pas réussir à « tourner la page ».

Se faire accompagner sans se brusquer

Un accompagnement commence par ce qui vous fait souffrir aujourd’hui, les situations qui déclenchent vos difficultés et les appuis que vous avez déjà. Si la violence ou la menace est toujours présente, agir sur la sécurité réelle reste prioritaire. Le travail thérapeutique ne doit pas apprendre à tolérer l’intolérable.

Il n’est pas nécessaire de tout raconter dès la première rencontre. Le travail se construit avec votre accord, à un rythme ajusté. Il peut aider à reconnaître les signes de débordement, à retrouver une présence plus stable et à aborder les souvenirs connus sans chercher à fabriquer un récit manquant.

Pour le TSPT, les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le trauma et l’EMDR, une thérapie de retraitement des souvenirs traumatiques, la théorie des états du moi, par exemple, font partie des approches les mieux étayées.

Lorsque la souffrance dure, s’intensifie ou limite votre vie, vous pouvez en parler à votre médecin et à un professionnel de la santé mentale. Des améliorations sont possibles, y compris lorsque les difficultés sont anciennes.

Comment être présent pour une personne qui souffre

On peut commencer par écouter sans exiger de détails. Remplacer « tu devrais passer à autre chose » par « qu’est-ce qui pourrait t’aider aujourd’hui ? ». Proposer une aide concrète et laisser à la personne la possibilité de l’accepter, de la refuser ou de dire qu’elle ne sait pas encore.

Au travail, cela invite à accueillir une difficulté sans interpréter trop vite une réaction comme un manque de motivation ou de bonne volonté. Un manager peut clarifier les attentes, limiter les situations de violence et faciliter l’accès à un soutien. Il n’a pas à poser un diagnostic ni à explorer l’histoire intime d’un collègue.

Comprendre le trauma ne justifie pas les comportements qui blessent les autres. Cela peut en revanche nous aider à conjuguer des limites claires avec une attention à ce que la personne traverse.

Retrouver une place pour vivre

Ce que nous avons vécu peut continuer à nous affecter, sans nous définir entièrement. Il est possible de retrouver davantage de sécurité, une relation plus douce avec soi-même et plus de choix dans sa manière de vivre.

Dans mon accompagnement en Gestalt-thérapie, je propose un espace pour explorer ce qui se vit aujourd’hui, dans le respect de votre rythme. Nous pouvons clarifier votre demande et envisager, lorsque c’est nécessaire, une orientation vers une prise en charge spécialisée du psychotraumatisme.

Vous souhaitez en parler ? Vous avez des questions ?

Contactez-moi pour un premier échange sur votre demande.

Nous n’avons pas à attendre que tout s’effondre pour demander du soutien.

Sources pour aller plus loin

Cet article s’appuie sur mon expérience et sur mes cours de formation au psychotraumatisme, complétées par les références ci-dessous. Les exemples sont illustratifs et résultent d'une synthèse de plusieurs situations d'accompagnement. Ils ne correspondent pas à une personne en particulier (sauf quand je parle de moi-même)

1. Organisation mondiale de la Santé — Post-traumatic stress disorder

Données de fréquence, soutien social et traitements du TSPT.

2. Janina Fisher — Présentation de son approche du trauma

Traces émotionnelles et corporelles des expériences traumatiques.

3. Janina Fisher — Attachment as a Sensorimotor Experience

Article de 2011 sur les liens entre attachement, réactions corporelles et régulation émotionnelle.

4. National Center for PTSD — Dissociative Subtype of PTSD

Explications sur la dépersonnalisation et la déréalisation.

5. National Institute of Mental Health — Post-Traumatic Stress Disorder

Symptômes, durée et retentissement du trouble.

6. National Center for PTSD — Complex PTSD History and Definitions

Définition du TSPT complexe et distinction avec les traumatismes répétés.

7. Centers for Disease Control and Prevention — Adverse Childhood Experiences

Liens entre expériences adverses de l’enfance, santé et prévention.

Repères complémentaires sur les facteurs de protection

CDC — Risk and Protective Factors

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